Sunday, May 10, 2009

Libérons l'entreprise

L’homme aspire à s’élever. Il n’y a pas d’autres moyens de s’élever que d’entreprendre, prendre des décisions et assumer sa part du risque inhérent à la condition humaine. Dans la dimension économique et sociale, cette aventure humaine se concrétise aussi dans l’entreprise. Historiquement, les pays qui ont connu la prospérité économique sont ceux qui ont permis le développement de l’esprit d’entreprise. Cet « esprit » se concrétise chaque jour dans la vie des entreprises, dans la recherche incessante de nouvelles combinaisons productives et de nouvelles façons de répondre aux besoins des hommes.

De ce point de vue, si la société est comparable à un organisme vivant, les entreprises sont comme les cellules essentielles de ce tissu social extrêmement complexe et malléable : elles lui donnent vie et vigueur, souplesse et dynamisme. L’entreprise a pour fonction de créer plus de richesses qu’elle n’en consomme, richesses sans lesquelles tout progrès social serait bien illusoire. La création des richesses passe avant tout par le travail des hommes et des femmes de ce pays ; et notamment par l’accomplissement de chacun dans son travail car tous les progrès de la science économique ne pourront jamais nous faire oublier qu’il n’y a de richesses que dans les hommes.

De manière assez ironique, les formidables avancées technologiques, qui ont permis d’automatiser non seulement les tâches physiques les plus pénibles mais aussi les fonctions intellectuelles les plus répétitives, ont montré finalement toute l’importance des ressources humaines (et du « capital humain » pour utiliser le langage des économistes) dans la réussite des entreprises. Car il y a dans l’homme quelque chose de spécifique qui ne pourra jamais être automatisé ni banalisé et qui fait que le travail restera la source essentielle de toute production. Ces mêmes éléments, difficilement quantifiables et palpables, font que les relations professionnelles ne sont jamais simples : on ne gère pas les hommes comme des machines. Mais elles ne sont pas nécessairement conflictuelles. L’entreprise est un lieu autant d’affrontements que de coopérations, de compétitions que d’organisations. Les hommes sont toujours en interaction au sein des entreprises, chacun étant motivé par un objectif personnel et un objectif commun. Difficile de faire primer l’un sur l’autre. Et les entreprises sont en constante interaction entre elles, comme ces interactions complexes entre les atomes qui font la matière. Mais c’est aussi pourquoi aucune organisation ne pourra se substituer à l’entreprise.

Dans son formidable ouvrage, qui met en perspective historique l’entreprise, Michel Drancourt met en évidence les conditions qui ont permis l’existence, la création et le développement des entreprises[1]. Selon lui, quatre conditions apparaissent essentielles :

1. Pour entreprendre, il faut croire en l’avenir. De ce point de vue, l’entreprise est comme un symbole contre le fatalisme. La pénurie n’est pas une fatalité pour peu que les hommes s’organisent, accumulent du capital et innovent.

2. Pour entreprendre, il faut avoir le souci de l’efficacité. Pour ce faire, la maîtrise du temps et des coûts permet de démultiplier les résultats. Toute l’histoire de l’entreprise est une lutte permanente contre le gaspillage en vue d’une meilleure allocation des ressources, que l’on sait si rares et précieuses.

3. Pour entreprendre, il faut avoir la liberté de disposer des résultats de son action. L’économie s’épanouit à mesure que la liberté progresse. Entreprendre est une façon d’exprimer ce désir de liberté.

4. Enfin, la liberté n’aurait pas de sens sans la discipline des contrats et de l’Etat de droit. Les contrats relient les hommes au sein des entreprises et le respect de ces contrats – donc finalement la confiance – sera la condition de la viabilité des entreprises.

Malgré nos nombreuses difficultés économiques, toute l’histoire de notre pays montre que les français sont profondément attachés à ces valeurs positives qui expliquent les sursauts des nations et fondent la prospérité. Pour peu qu’on les écoute, pour peu qu’on les laisse agir, les français montrent avec talent leur fougue entrepreneuriale ou leur attachement à l’entreprise, à la propriété privée et à l’innovation, caractéristiques essentielles de nos économies contemporaines. D’ailleurs, les termes « entreprise » et « entrepreneurs » sont typiquement français, les Américains parlant de « company » tandis que les Anglais utilisent le vocable « firm ».


[1] Drancourt M.[1998], Leçon d’histoire sur l’entreprise de l’antiquité à nos jours, Presse Universitaire de France, Paris.

Thursday, February 19, 2009

De la vérité officielle à la réalité perçue

La vérité officielle se déconnecte de la réalité vécue par les acteurs de l’économie (les ménages et les entreprises) dans les pays où les gouvernements s’obstinent à voir l’économie comme un champ d’expérimentation de théories dépassées au service d’une pseudoscience prétendument régulatrice. L’exemple extrême fut l’Union soviétique. L’histoire nous aide à comprendre le présent. Mais qu’est-ce qui nous permet de comprendre et méditer les enseignements de l’histoire ?

La France souffre depuis 30 ans de ce syndrome qui la conduit lentement dans un processus d’implosion interne. En Union soviétique, l’inflation officielle n’existait pas pour la simple raison que la liberté des prix y était interdite : les prix étaient fixés autoritairement par le plan central dans le pays où l’on avait anéanti l’expression des marchés.
Est-ce que l’inflation avait réellement disparu ? Pas le moins du monde ! La manifestation de l’inflation (son effet sur les prix) était empêchée mais certainement pas la cause profonde. Il existait donc une inflation réelle qui se manifestait par les files d’attente devant les magasins d’Etat. On mesurait l’inflation réelle à la longueur des files d’attente. Rappelons au passage que les prix étaient administrés dans la France des années 70 gouvernée par la droite. Pourtant, l’inflation en France était à ce moment supérieure à l’inflation en Allemagne où les prix étaient libres. Ce n’est pas parce que l’on empêche les gens de dire qu’ils ont faim que les gens ne sont pas affamés. Ils sont simplement obéissants ou terrorisés.

Pareillement, le chômage officiel était nul en URSS tout simplement parce que le chômage était interdit par le parti communiste de l’union soviétique (PCUS). Aux yeux du parti, le chômage était un délit. En effet, la carte du parti donnait droit à un travail. Du coup, si vous n’aviez pas de travail, c’est que vous n’étiez pas membre du parti. C’était une position plus inconfortable au pays des soviets et du parti unique. Dans ce cas, vous étiez immédiatement suspecté d’être un ennemi du parti unique, donc un ennemi de l’Etat.
Il est cocasse de rappeler que, dans les régimes socialistes, un chômeur était assimilé à un ennemi de l’Etat alors que dans les pays capitalistes, il est considéré comme une victime du marché. Chaque système a ses démons. Dans la réalité de l’Union soviétique, on faisait semblant de travailler à travers le partage du travail qui n’était qu’un chômage déguisé.

Aujourd’hui, il existe de nombreux exemples dans notre pays pouvant illustrer ce décalage persistant entre la vérité officielle et la réalité vécue par les acteurs : le décalage entre la valeur officielle du diplôme et la valeur sanctionnée par le marché du travail, le décalage entre la valeur officielle de l’euro et la réalité du pouvoir d’achat de la monnaie unique telle qu’elle est vécue par les ménages, ou encore les statistiques officielles du chômage et la réalité de la population au travail, les statistiques officielles du tourisme et la réalité de l’économie touristique, les statistiques de la délinquance et la réalité de la violence vécue au quotidien, la thèse officielle du réchauffement climatique et la réalité du changement climatique…etc.
Voilà pourquoi on résout rarement un problème économique en créant une loi pour interdire l’expression de ses effets.

Monday, December 01, 2008

L'art de faire du neuf avec du vieux

Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy devenait le président de la république française à l’issue d’une vague bleue chargée d’espérance. Comme tout cela à l’air si loin au bout d’un an. La France s’est autorisée une prise de conscience salutaire mais bien éphémère sans oser en tirer toutes les conséquences. Puis ses vieux démons ont repris le dessus : incessant troisième tour social, grèves à répétition, rappel à l’ordre des syndicats qui se croient autorisés à gouverner le pays dans une sorte de coup d’Etat permanent qui interdit toute réelle alternance, toute véritable réforme.

Alors le gouvernement est rentré dans les rails de cette pensée unique qui cultive l’apitoiement et la compassion malgré le renouvellement des têtes. Ainsi, il veut s’attaquer aujourd’hui aux niches fiscales dans le but de financer le revenu minimum d’activité (RSA). Déjà Mitterrand proposait de « s’attaquer aux riches » pour financer le RMI tandis que François Hollande lançait le fameux « je n’aime pas les riches ». Rien de nouveau en somme. Aucun gouvernement français n’est en mesure de sortir des cadres imposés par la pensée unique fondamentalement socialisante et collectiviste. Les paradis fiscaux n’existent que parce que les enfers fiscaux se multiplient. Mais ce n’est pas au paradis qu’il faut s’attaquer. La ministre de l’économie s’apprête donc à épingler les investissements dans les DOM-TOM qui bénéficient d’avantages fiscaux. Mais ces mêmes avantages ont été octroyés par l’Etat pour soutenir une économie touristique dans les DOM-TOM qui est par ailleurs largement asphyxiée par sa situation insulaire et étranglée par le monopole d’Air-France qui rend la destination très coûteuse pour les ménages français [1].

Plutôt que de s’en prendre aux niches fiscales, il faut réduire significativement la pression fiscale globale qui conduit certains à vouloir échapper à un prélèvement qu’il juge à raison confiscatoire. Dans la même perspective, au lieu de s’interroger sur les causes et les motivations de la fuite des cerveaux ou des créateurs d’entreprises, on voudrait les punir. Au lieu de s’interroger encore sur les causes et les motivations de ceux qui exploitent en toute légalité des niches fiscales issues elles-mêmes d’une complexification de la fiscalité produite et voulue par les politiques eux-mêmes, on les montre du doigt à nouveau en chantant un refrain éculé digne de l’Internationale.
Il est désolant de voir que, d’élections en élections, la leçon n’est jamais apprise et les nouveaux ministres qui se succèdent sont toujours persuadés d’être à l’origine d’idées géniales et nouvelles alors qu’ils se donnent l’illusion de faire du neuf avec du vieux tandis que l’application de ces idées « nouvelles » aboutira à de nouveaux prélèvements dans une fuite en avant que plus personne n’est aujourd’hui en mesure de stopper.
[1] Caccomo J.L. [2007] « Analyse économique du secteur touristique : application au cas des DOM » in Levratto N., Comprendre les économies d’Outre-mer, L’Harmattan, Paris.

Tuesday, June 10, 2008

Principe de précaution

Hier le gouvernement nous expliquait qu’il fallait travailler moins pour partager les emplois ; aujourd’hui, il se rend compte qu’il faut travailler plus pour créer de la richesse. Hier le gouvernement nous expliquait que les personnes plus âgées devaient laisser la place aux jeunes actifs, subventionnant les départs anticipés en retraite ; aujourd’hui, il voudrait imposer des quotas d’embauche pour les séniors. Hier le gouvernement voulait limiter l’installation des grandes surfaces ; aujourd’hui, il voudrait inciter l’installation des grandes surfaces. Poussé par les lobbies écologistes, le gouvernement a fait passer des quotas pour développer l’utilisation des biocarburants dans la foulée des accords de Kyoto, quotas qui sont désormais inscrits dans les traités européens (le paquet Climat-Energie). Aujourd’hui, les mêmes sont réticents à produire de l’énergie à partir de denrées agricoles alors que, sur la planète, des populations entières souffrent de la faim. Et je n'ose évoquer le rapport Teulade remis à Mr Jospin, alors premier ministre, qui prévoyait le retour du plein-emploi en France dans un délai imminent, rendant inutile - selon les experts officiellement désignés par le gouvernement de l'époque - toute réforme du système de retraite par répartition...
On pourrait multiplier à l’infini les égarements de cet Etat interventionniste qui prétend réguler l’économie alors que ses représentants n’ont jamais une vision exacte des processus économiques, pensant corriger une erreur en faisant une nouvelle erreur. Bien-sûr, les personnalités qui composent les gouvernements changent par le jeu démocratique. Mais c’est précisément là le risque de politiser l’économie : ceux qui sont au pouvoir n’ont pas de mémoire et sont poussés à flatter une « opinion publique » qui n’a pas de cervelle. Puis chacun se renvoie ensuite la faute. Il aurait mieux valu ne pas intervenir du tout plutôt que croire qu’une intervention supplémentaire peut corriger les effets destructeurs déclenchés par l’intervention passée.
Imaginez qu’une loi neutralise un marché X. Constatant la pénurie du produit X, le gouvernement impose un rationnement de la consommation tandis qu’il oblige les entreprises à accroitre leur capacité de production. Quelques années plus tard, c’est la surproduction qui éclate. Alors le gouvernement se mobilise pour relancer les consommateurs tandis qu’il impose des quotas aux entreprises pour limiter leur production. C'est ce qui se passe dans l'éducation, dans la santé, le logement, l'agriculture, le marché du travail, partout où l'Etat a considéré qu'il pouvait mieux faire que le marché.
Pourtant, pour peu qu’on laisse l’économie déployer ses effets mécaniques et nécessaires, les corrections et ajustements se produiront par eux-mêmes, sans que le gouvernement soit dans l’obligation de décréter quoi que ce soit. La meilleure police des prix, c’est le jeu naturel de la concurrence. Et les meilleures informations qui permettent aux consommateurs et aux producteurs de prendre leurs décisions dans un processus complexe qui organise des interactions mutuelles à l’insu de tous, ce sont les signaux envoyés par des mouvements de prix libres.
La concurrence ne se décrète pas. Les philosophes des Lumières considéraient qu’il était nécessaire de protéger la démocratie d’elle-même, la quête de la majorité pouvant déboucher sur des programmes politiques toujours plus démagogiques. Et ces programmes conduisent toujours à une extension infinie de l’Etat-Providence laquelle constitue une caricature, sinon une négation, de l’Etat de droit. Il faudrait inscrire dans la Constitution un principe de précaution qui dirait en substance : « quand on ne connait pas tous les effets de l’intervention de l’Etat dans l’économie, alors le gouvernement doit s’abstenir d’intervenir ».

Tuesday, May 20, 2008

Monnaie, banque centrale et inflation

Un humoriste, qui ne manquait pas d’esprit d’observation, a dit un jour : « vivre en couple, c’est passer son temps à résoudre des problèmes que l’on n’aurait jamais eu tout seul… ». Cette phrase m’a inspiré une pensée sur la Banque Centrale par des chemins de traverse dont le cerveau détient seul le secret.

La fonction principale de la Banque Centrale est d’émettre de la monnaie parce que les agents de l’économie ont besoin de monnaie pour divers usages, notamment pour liquider leurs transactions. Généralement, quand des agents expriment des besoins, d’autres agents donnent spontanément naissance à une offre et leur survie est conditionnée à leur capacité à fournir un bien ou un service correspondant bien aux attentes des utilisateurs. C’est pourquoi il a existé un marché des monnaies privées. Et c’est aussi pourquoi la monnaie existe depuis que le commerce entre les hommes existent, et notamment bien avant l’invention des Banques Centrales qui s’en sont attribuées le monopole de l’émission. Avec l’apparition du concept de banque centrale au XIX° siècle, le système bancaire s’est trouvé hiérarchisé dans le cadre d’une offre monétaire monopolisée et centralisée. Plus précisément, la banque centrale a le monopole de l’émission des « billets de banques » (la liquidité qui représente 10 % de M1) sur la base de laquelle le système bancaire et financier va générer sa propre masse de moyens de paiements (M2 et M3).
Parce qu’elle a la responsabilité en dernière instance de contrôler la masse monétaire, la banque centrale doit tout mettre en œuvre pour ne pas mettre en circulation une monnaie dépréciée par l’inflation. Elle se retrouve donc à lutter contre un problème majeur. Pourtant ce même problème n’a pas de sens en l’absence de Banque Centrale. En effet, si l’on veut que les acteurs aient confiance en la monnaie, celui qui offre la monnaie doit mettre en circulation des unités monétaires de qualité. Or cette qualité est en relation avec la quantité de monnaie dans le sens où tout dérapage de la masse monétaire dégénère en dérapage du niveau général des prix.
Nous avons vu que la création des Banques centrales s’est traduite par une centralisation et une monopolisation de l’offre de monnaie. Or les économistes savent bien que les monopoles ont tendance à s’écarter de la quantité (et de la qualité) demandée par des agents économiques rationnels. Ceci s’explique essentiellement par le fait que les situations de monopole détruisent l’information qui permet à la rationalité des acteurs économiques d’opérer. En monopolisant l’offre de monnaie, la Banque centrale a généré un problème qui n’existait pas avant elle et qui peut se résumer ainsi : quelle est la quantité optimale de monnaie qu’il faut injecter dans l’économie ? C’est la question centrale de la politique monétaire mais qui ne se pose pas dès lors que n’existe pas de Banque Centrale.

D’une manière générale, c’est le problème que doit affronter toute économie administrée mais qui disparaît dès qu’on laisse jouer les marchés, c’est-à-dire que l’on sort du cadre imposé par l’économie administrée. Imaginez qu’il existe un ministère de l’automobile centralisant et monopolisant la production des automobiles. Le ministre se trouve alors devant au moins trois questions cruciales : quelle quantité d’automobiles faut-il produire ? Et quelles gammes ? A quel prix faut-il les vendre ? Ce n’est pas une mince affaire. Faut-il considérer que les familles doivent avoir une ou plusieurs automobiles ? En fait, le problème est insoluble s’il est posé directement au niveau macroéconomique et ceux qui sont chargés de fixer les prix agricoles dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) en savent quelque chose. Le mieux est de ne pas avoir de ministère de l’automobile et de laisser chaque entreprise du secteur automobile résoudre ce problème à son niveau. Croyez-vous que le secteur automobile souffre ou que les automobilistes soient pénalisés du fait de l’absence d’un ministère de l’automobile ? La question d’une quantité globale d’automobile ne se pose pas puisque personne ne peut déterminer cette quantité à ce niveau. Il appartient à chaque entreprise de gérer à cette question au niveau microéconomique. Si une entreprise produit trop, elle accumulera des stocks invendus qui pèseront sur sa rentabilité ; si elle ne produit pas assez, elle perdra des clients au profit de ses concurrents. Ces problèmes de stocks, d’excédents ou de pénuries, de non-adéquation entre l’offre et la demande se posent de manière chronique dans l’agriculture, le logement, la santé ou sur le marché du travail, précisément dans ces secteurs où la main visible de l’Etat a voulu se substituer à la main invisible du marché sous le prétexte que la première voulait réguler la seconde.

De la même manière que l’on demande une automobile pour les services qu’elle rend, les acteurs de l’économie demandent de la monnaie pour les services qu’elle nous rend (transaction, précaution et spéculation). Si l’offre de monnaie est concurrentielle (ce qu’elle fut jusqu’avant l’arrivée des Banques Centrales), il appartient à chaque émetteur de monnaie (les banques) de régler sa masse de billet en circulation en fonction des contreparties dont il dispose dans ses coffres (et qui lui sont confiées par ses clients) et qui garantiront la qualité des billets émis. Si elle émet trop de billets, les agents économiques se détourneront de ses billets qui auront tendance à se déprécier pour se tourner vers les billets dont la valeur sera plus stable. Des agents rationnels se détourneront des billets dont la qualité est moindre pour demander plus de billets dont la qualité est supérieure. Dans ce contexte, la bonne monnaie chasse la mauvaise.
Il appartient donc à chaque banque de respecter un rapport rigoureux entre la masse monétaire particulière qu’elle met en circulation et ses contreparties. Dans ce contexte concurrentiel, il n’y a pas vraiment une masse monétaire globale homogène, la quantité totale de monnaie en circulation étant la somme des masses monétaires particulières des différentes banques émettrices de monnaie. Il ne peut donc y avoir de dérapage de la masse monétaire globale puisque personne ne contrôle cette masse directement à ce niveau.

Dans le cadre d’un monopole, la rationalité des agents économiques est totalement neutralisée dans le sens où ils ne peuvent plus exercer leur pouvoir de choix (qui est un élément crucial du pouvoir d’achat). Si la Banque centrale émet trop de billets, l’inflation détériore la qualité de chaque unité monétaire de sorte que pour réaliser un même volume de transaction, les acteurs économiques sont obligés d’utiliser (et donc de demander) plus de monnaie. Comme la monnaie émise par la Banque Centrale a un cours forcé, les agents sont obligés de l’utiliser quelque soit sa qualité (ils n’ont pas le choix). On aboutit au paradoxe qu’ils demandent plus de monnaie dépréciée parce qu’ils ne peuvent faire marcher la concurrence en vue d’utiliser d’autres unités monétaires non dépréciées.
Dans la pratique, les acteurs économiques soucieux de protéger leurs actifs trouveront des actifs non monétaires plus ou moins substituables à la monnaie, l’or jouant traditionnellement ce rôle de valeur refuge.
C’est pourquoi une des missions centrales de toute Banque centrale est de lutter contre l’inflation (au sens d’un gonflement artificielle de la masse monétaire). Mais il n’y aurait pas d’inflation monétaire s’il n’y avait pas eu au préalable monopolisation et centralisation de l’offre de monnaie via l’institution des banques centrales.

Monday, May 05, 2008

Asymétrie d'information : défaillances du marché ?

Dans certains départements, certains directeurs d’école, plutôt de sensibilité de gauche, ont tendance à ne pas transmettre toutes les directives du ministre Xavier Darcos aux professeurs des écoles de leurs propres établissements. Et quand ils font, c’est en faisant des commentaires qui décrédibilisent la mesure en question tout en donnant pas tous les éléments d’information. Pour ces fonctionnaires, le ministre n’est pas leur patron mais un opposant politique.
Il y a là une intolérable confusion des genres qui cautionne un véritable travail de désinformation tellement diffus et quotidien qu’il est impossible à détecter et corriger.

Pour la première fois, sur la base du volontariat des parents qui en font la demande et des professeurs des écoles qui sont volontaires, le ministre autorise les professeurs des écoles à faire des cours de soutien à des enfants en difficulté qui seront payés en heures supplémentaires. Il existe un délai pour se manifester d’où l’importance de la transmission de l’information. Un grand nombre de professeurs des écoles n’était pas au courant, ou alors on leur avait dit que « on allait les obliger à travailler plus à salaire identique », ou encore « qu’il n’y avait pas de délais, tout cela était en projet pour l’année prochaine »…Comment peut-on savoir si une politique est un succès ou un échec si on ne l’applique pas ? Et comment peut-elle être appliquée si on n’a pas tous les éléments d’information.
Un gouvernement donne enfin la possibilité à cette profession de valoriser son temps supplémentaire, ce qui heurte de plein fouet l’idéologie du statut chère à la gauche. Croyez-vous que la gauche soit « citoyenne » quand ses représentants bloquent la diffusion de l’information officielle au sein des établissements sous prétexte que l’actuel gouvernement ne correspond pas à leur sensibilité ? Par contre, les tracts qui appellent à la grève ou qui donnent des présentations biaisées de la politique actuelle n’ont aucun problème pour circuler dans les salles de professeurs.

Il existe un véritable Etat dans l’Etat qui rend toute réforme impossible et toute alternance illusoire. Quoiqu’elle fasse, la droite joue contre son camp car elle joue sur le terrain de ses adversaires. En plus, elle accélère sa défaite quand ses représentants les plus illustres se complaisent à se trahir ou se faire tomber.
Il faut libérer l’école de l’emprise étatique, qui se traduit par une mainmise politique et syndicale sur le système éducatif. Seule la concurrence réelle sauvera le système.
Le système soviétique centralisé a implosé en raison même de cette asymétrie d’information entre la base et son sommet, enracinée dans le mode de fonctionnement de tout système centralisé, et qui fait que le gouvernement central n’avait aucune idée de l’état réel des structures en place sur le terrain.

Friday, April 25, 2008

C'est trop dur !

Chaque fois que je participe à un salon destiné aux lycéens, j’en ressorts avec un sentiment mitigé, entre amertume et stupeur. La même réaction revient trop souvent à mon goût dans la bouche de lycéens dont par ailleurs on nous dit qu’ils sont préoccupés par l’emploi. Mais quel emploi ? A les entendre, ils débuteraient leur carrière avec des conditions qui furent pour moi des résultats qu’il m’a fallu atteindre en plus de dix ans. Il leur faut pour commencer un bon salaire, pas trop loin de chez eux, un emploi intéressant, pas stressant… Ces objectifs, s’ils sont louables et nécessaires pour réussir une carrière, ne peuvent être en aucun des conditions d’embauche sauf à prendre le risque de rester sur le carreau.

Nous participons au forum pour présenter des diplômes susceptibles de leur permettre de démarrer une carrière. Car malgré la persistance d’un chômage structurel qui ronge notre société, le fait est que la génération du baby-boom va partir prochainement à la retraite et l’on constate une pénurie grandissante de personnels qualifiés dans un nombre croissant de secteurs d’activité. Mais pour pallier à ce manque, il faudra au préalable avoir suivi certaines formations. A cela, la grande majorité des lycéens nous répondent « cette formation est trop dure ! ». Mais pour avoir un emploi intéressant, il faut offrir un bagage intéressant. C’est à ce prix que l’on peut ensuite imposer ses conditions. C'est à croire que personne ne leur a dit cette vérité élémentaire, pas même leurs parents.
Pour ceux qui sont attirés par le secteur médical, on ne va pas en médecine jugée trop difficile pour se reporter sur les écoles d’infirmiers et les carrières médico-sociales. L’économie, la finance, la gestion ? Trop technique ! Alors on s’engouffre vers les filières administratives et sociales. La science ? N’en parlons plus, c’est définitivement rebutant pour le plus grand nombre… et c’est une catastrophe qui met en question l’excellence longtemps érigée en dogme de notre système éducatif.
Le rapport Attali a bien raison de dire qu’à ce rythme, il sera inévitable d’importer nos futurs cerveaux. Le paradoxe est que l’on ne s’est toujours pas attaqué aux causes qui provoquent la fuite de nos propres cerveaux alors qu’il nous faut bien « importer » les étudiants tant que nos lycéens ne jurent que par les filières light à forte coloration « sociale ».
Le « social » ! Au discours du tout-Etat dans la bouche de nos élites répond en écho le discours du tout-social dans la bouche des lycéens. La sensibilité sociale ne peut pourtant pas se substituer à la compétence car elle n’est en aucune manière une qualification en elle-même. Et le meilleur moyen de faire du social et d'avoir une attitude citoyenne, c'est d'être compétent dans son métier. On aurait certainement moins besoin de « faire du social » si chacun de nous avait reçu une formation adaptée à son profil et aux besoins réels de la société.
Alors que les secteurs de la banque, de l’assurance et de la finance sont lancés dans d’intenses restructurations qui les conduit à renouveler les cadres qui partent prochainement en retraite, je peine à trouver des étudiants motivés à entreprendre les études correspondantes qui leur permettront de démarrer d’intéressantes carrières. Les professionnels se bousculent dans ces formations pour trouver les perles rares tandis que nos lycéens se détournent en masse…
De tout temps, pour avoir un travail, il faut d’abord acquérir et maîtriser les qualifications que nécessite l’obtention du poste convoité. C’est le rôle du système de formation. Il est absolument faux de dire qu’il n’y a pas de travail aujourd’hui. Ce n’est pas de travail que l’on manque mais bien de travailleurs. Si les lycéens refusent d’intégrer les formations à l’issue desquelles on peut disposer du niveau de qualification permettant d’intégrer une profession, alors ils ne trouveront pas de travail.
Ce problème n’a aucune raison de se corriger spontanément puisque notre système de formation neutralise le fonctionnement même du marché du travail, qui suppose un marché éducatif lui-même. Le lycéen n’a aucune incitation à s’orienter de manière rationnelle. La collectivité assume le coût de ses études tandis que le choix de la filière reste un choix individuel. On demande à la collectivité d’assumer les conséquences de choix d’individus libres mais irresponsables. On a compris que cette ambivalence n’était plus tenable dans le secteur de la santé. Si l’on demande à la collectivité (aux autres) de prendre en charge nos dépenses de santé, il est normal qu’en retour cette même collectivité se donne le droit d’orienter nos choix (en imposant un médecin généraliste ou en dressant la liste des médicaments et des actes qui seront ou pas remboursés).
Dans le domaine éducatif, les conséquences sont lourdes puisqu’elles se traduisent par une mauvaise orientation de la jeunesse conduisant à un chômage structurel (coûteux pour la sécurité sociale) tandis qu’il nous faut importer les cerveaux et le personnel qualifié nous faisant défaut. Mais ce résultat est logique puisqu’on laisse des jeunes choisir des formations que l’on sait sans débouchés et dont le financement est pris en charge par la collectivité.
Même les parents les plus éclairés n’osent pas guider leurs enfants en ce domaine de peur de paraître trop autoritaires. Il ne faut surtout pas frustrer nos pauvres chérubins...
Les parents ne vont pas vivre la vie de leurs enfants mais ils ont eux-mêmes un vécu qui est une précieuse expérience et sources d’informations dont il est dangereux de priver les enfants. Et c’est aussi le rôle des parents de ne pas toujours aller dans le sens des enfants, dont la psychologie est par nature plus sensible au présent et au court-terme.